Biographie

Une vie en quête d’ailleurs.

Jules Verne (1828–1905) a transformé sa soif d’horizons en une œuvre-monde. De l’estuaire de la Loire au cabinet d’Amiens, il aura passé sa vie à explorer — d’abord les bibliothèques, puis, par l’imagination, la planète entière.

L’enfant de Nantes.

Né le 8 février 1828 sur l’île Feydeau, au cœur du grand port de Nantes, Jules Verne grandit parmi les mâts, les cargaisons et les récits de mer. Fils aîné d’un avoué, il est très tôt fasciné par les navires qui remontent la Loire, chargés des promesses du large.

Envoyé à Paris pour y faire son droit, comme le souhaitait son père, il se découvre une autre vocation : le théâtre et les lettres. Il fréquente les salons, croise Alexandre Dumas, écrit pièces et livrets, et gagne sa vie comme agent de change — sans jamais cesser d’accumuler des notes sur la géographie et les sciences.

Jules Verne jeune homme, portrait d'Étienne Carjat

Jules Verne au seuil de sa carrière — portrait d’Étienne Carjat.

Pierre-Jules Hetzel, éditeur de Jules Verne, photographié par Nadar

Pierre-Jules Hetzel, l’éditeur qui inventa les Voyages extraordinaires.

Hetzel, la rencontre décisive.

En 1862, Verne soumet un manuscrit à l’éditeur Pierre-Jules Hetzel. Ce dernier flaire aussitôt une formule neuve : le roman d’aventures adossé à la science. Cinq semaines en ballon paraît en 1863 et c’est un triomphe immédiat.

Hetzel offre à Verne un contrat et un cadre : les Voyages extraordinaires, vaste collection destinée à « résumer toutes les connaissances géographiques, géologiques, physiques et astronomiques amassées par la science moderne ». Pendant plus de quarante ans, les deux hommes travailleront main dans la main — l’éditeur orientant, taillant, encourageant ; l’écrivain livrant deux volumes par an.

L’œuvre-monde

Les Voyages extraordinaires.

Coup sur coup paraissent Voyage au centre de la Terre (1864), De la Terre à la Lune (1865), Vingt mille lieues sous les mers (1869-1870), Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1872), L’Île mystérieuse (1874) et Michel Strogoff (1876). Portés par les gravures de Riou, Neuville, Férat ou Benett, et reliés dans les somptueux cartonnages rouge et or de Hetzel, ces romans font le tour du monde à leur tour.

Verne travaille comme un savant : il lit, fiche, vérifie, interroge les revues scientifiques et les récits d’explorateurs. De cette discipline naît sa marque — une anticipation si documentée qu’elle paraît plausible. Amateur de mer, il s’offre plusieurs yachts, les Saint-Michel, à bord desquels il écrit et navigue le long des côtes.

Amiens, l’atelier d’un sédentaire.

En 1871, Verne s’installe à Amiens, la ville de son épouse Honorine. C’est là, dans un cabinet de travail tapissé de cartes et de globes, que se déploie le plus gros de son œuvre. Devenu conseiller municipal en 1888, il se consacre à la vie de la cité autant qu’à ses romans.

Les dernières années s’assombrissent : en 1886, un coup de feu tiré par un neveu le laisse boiteux ; la même année disparaît Hetzel. Les romans tardifs — Sans dessus dessous, Le Château des Carpathes, Maître du monde — virent au pessimisme et interrogent les pouvoirs de la technique. Jules Verne s’éteint à Amiens le 24 mars 1905.

Le cabinet de travail de Jules Verne dans sa maison d'Amiens, vers 1894

Le cabinet de travail de Jules Verne, maison d’Amiens (vers 1894).

Portrait

L’homme derrière les machines.

La méthode Verne

Un travail d’archiviste autant que de romancier : fiches thématiques, dépouillement des revues savantes, dialogue constant avec la géographie et l’industrie de son temps. La vraisemblance d’abord — le merveilleux ensuite. C’est cette rigueur qui a fait passer Verne pour un prophète.

Le goût de la mer

Né dans un port, Verne n’a jamais cessé d’appareiller. Ses yachts Saint-Michel furent des cabinets de travail flottants ; la mer, son grand sujet et son refuge.

« La mer est tout ! Elle couvre les sept dixièmes du globe terrestre. »
— Capitaine Nemo · Vingt mille lieues sous les mers (1869-1870), I, ch. X « L’Homme des eaux »
Héritage

Le père du roman scientifique moderne.

Jules Verne est aujourd’hui l’un des auteurs les plus traduits au monde. Son influence déborde la littérature : elle irrigue la science-fiction, le cinéma, l’imaginaire de l’exploration et jusqu’aux ingénieurs qui ont réalisé ce qu’il avait rêvé.

01

Une matrice de la science-fiction

Avec H. G. Wells, Verne fonde le récit d’anticipation moderne. Sous-marins, vaisseaux spatiaux, villes flottantes, hélicoptères géants : ses machines deviennent les archétypes d’un siècle de littérature et de cinéma.

02

Du roman à l’écran

Dès 1902, Georges Méliès porte « Le Voyage dans la Lune » à l’écran, librement inspiré de Verne. Le cinéma ne cessera de revenir à ses récits, du Nautilus au tour du monde, faisant de Verne l’un des écrivains les plus adaptés.

03

Prophète de la technique

Voyage sous-marin, exploration spatiale, communication mondiale : nombre d’intuitions verniennes ont précédé leur réalisation. Les pionniers de l’astronautique eux-mêmes ont cité ses romans comme premières étincelles.